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La professeur de littérature et gagnant du prix de la paix des libraires allemands – Aleida Assmann

(source de l'image: DAAD)

”Cela n'a rien à faire à la littérature et là, il ne s'agit pas de représenter la vérité desfaits mais de représenter la vérité de l'expérience“ 

Les oeuvres d'Aleida et de Jan Assmann concernant la mémoire collective démontrent la signification du souvenir par rapport au processus de la formation des nations et aussi parrapport à la réactivation de crises et de conflits. En 2018, Aleida et Ian Assmann obtinrentle prix de la paix par les librairies allemandes. Dans l'entretien avec le Projet Cassandre, lascientifique de Lettres parle de la littérature comme remède de conservation pour les émotionscollectives et de la fonction pratique de la littérature pour le processus de pacification.


Projet Cassandre: Comment estimez-vous le potentiel de la littérature par rapport à sa capacité identificatoire et légitimatoire dans des contextes de crises?

Aleida Assmann: Dans le contexte de crises menacantes, il ne faut pas d'identité ni delégitimation mais de l'éclaircissement et de la perspicacité. Pour ce faire, c'est la littérature qui offre les instruments de diagnostic les plus éclairants et honnêtes.


Projet Cassandre: Nous partons de l'idée que les nations "mentales" comme la Catalonie ou bien"Biafra" se stabilisent à l'aide d'un espace créé par expérience et souvent de nature littéraire. Une expérience primaire (tel qu'une guerre civile ou un génocide) peut aussi devenir une expérience secondaire émotionnelle pour des générations qui suivent, se réalisant par le processus de la lecture. Par conséquent, l'expérience littéraire pourrait mener à la mobilisation d'un groupe de la population. Serait-il possible que des constructions fictives et fondées par la mémoire se repercutent aussi intensément ou même plus intensément sur des processus identificatoires collectifs que des expériences réelles?

Aleida Assmann: Au cours de 2 ou 3 générations, les connaissances de l'histoire sont peu à peu transmises. Mais cela ne veut pas dire qu'elles deviennent automatiquement plus nébuleuses et falsifiées, car il s'établitun canon de connaissances auquel se mesurent de nouvelles connaissances. Les expériences qu'on n'a pas vécues peuvent déclencher une répercussion émotionnelle par moyen de représentations littéraires ou cinématographiques qui deviendra alors une expérience biographique. Par moyen de l'Art, il est possible qu'une connaissance pourra devenir expérience et que l'expérience se transformera en mémoire.


Projet Cassandre: Au moment ou un conflit est en train de naître, il se forme normalement un penchant aux mythes et une relation interdépendante entre le mythe et la littérature. Pendant cette période, les textes littéraires se servent souvent des structures narratives du mythe ou ils le transforment même en noyeau narratif. Pourquoi est-ce que les mythes sont aussi importants à la période précoce de l'évolution d'un conflit et comment est-ce que la littérature peut-elle traiter les mythes?

Aleida Assmann: Les mythes sont la puissance productrice de la littérature. Mais je n'entends pas par littérature des narratifs politiques qui se servent d'une propagande activiste mais le noyeau narratif des anciennes histoires comme Ulysse ou Sindbad, Cendrillon ou Robinson qui se racontent toujours et qui ne cessent pas d'être racontées.


Projet Cassandre: Vous avez décisivement marqué les notions de "mémoire culturelle" et "souvenir collectif". En quel sens est-ce que des textes littéraires peuvent-ils être utilisés comme genre d'archives pour des expériences collectives?

Aleida Assmann: Les textes littéraires représentent absolument un fond riche de la mémoire culturelle. Mais ils n'y sont pas tout simplement enregistrés mais aussi efficace d'une manière productrice. C'est parce que de temps à autre, denouveaux écrivains s'occupent d'écrivains plus anciens et travaillen sur eux sans cesse.


Projet Cassandre: Le souvenir de la violence vécue et exercée ainsi que le travail à propos d'elle sont absolument nécessaires pour le succès des processus de paix. Quel rôle la littérature joue-t-elle si on la considère comme un"système de digestion"- pendant ce processus? 

Aleida Assmann: Mon exemple par excellance, ce sont les drames historiques de Shakespeare - dix drames à travers les quels il met sur scène la violence des guerres de la rose et ainsi la préhistoire du temps paisible des Tudor avec tous ses excès qu'il présente aux spectateurs comme une de la prévention de guerre. Aujourd'hui on dit: Plus jamais! Ou bien, 'nunca mas'! 


Projet Cassandre: La littérature n'est pas seulement en mesure d'assimiler ou de retravailler quelque chose, elle peut également falsifier ou manipuler pour participer décisivement au processus de fictionalisation de la réalité (par exemple au conflit de la Serbie et du Kosovo en 1999). C'est ainsi que les textes littéraires ne deviennent pas uniquement un espace d'expériences mais également un espace d'illusions. Comment considérez-vous cette fonction? 

Aleida Assmann: Il y a des mythes nationaux politiques qui "créent" l'histoire pour émotionnaliser et mobiliser la population selon leur imagination. Ils ne sont rien d'autre que des drogues au coursd'une autohypnos. Cela n'a rien à faire à la littérature et là, il ne s'agit pas de représenter la vérité des faits mais de représenter la vérité de l'expérience. 


Projet Cassandre: Dans votre dernier livre"Le rêve européen" vous parlez de l'identité européenne. Nous ne manquons pas de narratif européen ni d'une histoire commune – pourquoi donc la politique européenne ne parvient-elle pas à la réactiver et à l'utiliser dans le combat contre les mouvements nationalistes? Comment pourrait-on s'imaginer un narratif qui serait en mesure d'établir une identité européenne, de la renforcer et de la stabiliser? 

Aleida Assmann: Ce narratif - c'est ce qui est ma thèse - il n'existe pas. Pendant la préparation d'une maison de l'histoire européenne on a pris une décennie à s'en rendre compte et à se décider enfin pourétablir une histoire de l'union européenne. Le livre "Europe - notre histoire" – édité par Etienne Francois et Thomas Serrier, contient mille pages, mais il ne produit aucun narratif. C'est la raison pour la quelle il est plus simple de fonder l'Union européenne sur quatre doctrines que sur un narratif. 


Projet Cassandre: Est-ce que la littérature considérée comme média de la mémoire – indépendamment d'une puissance – pourrait-elle être plus authentique et raconter plus authentiquement que d'autres médias? Comment pourrait-on, selon votre avis, employer utilement cette fonction pour la prévention de crises? 

Aleida Assmann: L'historien américain Peter Novick écrivait un jour les phrases suivantes à propos des mythes: "La mémoire collective simplifie tout, elle voit tout à travers une perspectiveémotionnellement marquée. Elle n'est pas capable de supporter des ambivalences et elle réduit des résultats à des archétypes." La littérature fait juste le contraire. Elle a un sensoriel très fin et elleest en mesure de différencier et de supporter des ambivalences. C'est aussi la raison pour laquelle ellepeut signaler où il y a des crises, comment elles s'accélèrent et quelles ressources on peut utiliser pour les combattre. 


Projet Cassandre: Dans votre oeuvre "droits de l'homme et devoirs de l'homme" vous vous référez tout au début au Philosophe israélien Avishai Margalit qui compare en métaphores la dignité humaine par le sacrilège contre un temple. Est-ce que c'est une Cassandre d'aujourd'hui qui va être la première à découvrir les premières déchirures qu'on trouve aux fondations et aux colonnes du temple? 

Aleida Assmann: Ce que je trouve intéressant c'est que Magalit parle d'un temple par rapport à la dignité humaine et par rapport à la personne. Il s'agit donc de quelque chose de sacré qu'il s'agit d'assurer et de protéger. Cassandre pousse un cri là ou on nuit à un temple et ce n'es pas qu'Amnesty International mais aussi bien la littérature qui met en évidence ces blessures. Quel est le cri de Cassandre? J'interdis! Véto!

Cassandra

© 2018 Projet d’étude Cassandra — Identification précoce de crises par l’étude de la littérature
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